Un mariage arrangé

 

« Arrête de faire la tête, tu y est obligée. »

 

Gare de Londres, 13 heures 57, deux femmes avec des valises énormes tentent de se dégager du regard des voyageurs qui comme elles vont prendre le train. Pour Aida et Céleste, c'était totalement une première, la mère et la fille, ensemble. Certes elles ne cessent de se disputer sans raison mais au fond, Aida aime sa mère et Céleste aime sa fille, mais là ça allait beaucoup trop loin ! Sa génitrice l'avait obligée à épouser un homme avant la fin du mois, nous en étions à la moitié. Voilà donc la raison de leur venue dans ce train et de la mauvaise humeur de la demoiselle.

 

Le mariage n'avait jamais été son rêve, elle n'était pas comme les filles de son âge rêvant de trouver un beau prince charmant avec un château, l'homme parfait comme elles le disent toutes. Sa mère lui avait toujours promis de ne jamais l'obliger à épouser un homme qui ne lui conviendrait pas, qu'elle accepterait tous ses choix, mais la voilà ici, à attendre un train qui fixera sa vie à tout jamais.

 

Cet homme, parlons en, une sorte d'hypocrite riche ne s'intéressant qu'à son argent, utilise son statut sociale pour draguer les femmes et n'étant pas du tout fidèle. La raison pour laquelle il a décider de se marier ? Toute simple. Le fait qu'il n'ait pas de femme repousse beaucoup de personnes et l'empêche de monter dans la société, son but, être au-dessus de tout le monde entier. Même si pour certain cette idée est impensable, Carlos la pense possible n'ayant aucune modestie.

 

Arrivée du fameux train, 14 heure 20, Aida malgré la colère qui la submerge, embrasse sa mère avant de s'engouffrer dans le wagon qui l’amènera à son bourreau. Céleste verse quelques larmes silencieuses sachant qu'elle ne reverra plus jamais sa fille, des regrets viennent se nicher dans sa tête, elle pense à ce qu'elle va subir avec cet homme, et la génitrice sait au fond d'elle que ce n'est pas positif.

 

Céleste a toujours voulu le bonheur de sa fille, mais malheureusement il y a depuis maintenant deux mois, l'entreprise de son mari a fait faillite et la misère s'installait de plus en plus chez la famille qui, autrefois avait un compte en banque rempli d'argent. Alors c'est là que le père de Carlos avait fait son apparition étant une vieille connaissance de son époux, longtemps elle avait refusé mais après un moment de recule, elle a pensé tout simplement à l'avenir de sa fille et c'est dit qu'elle au moins ne vivra pas dans la misère. Elle ne voulait que son bonheur et elle tenait vraiment à ce qu'elle le sache mais après qu'elle lui ai annoncé la nouvelle, Aida a commencé à lui tourner le dos.

 

Engouffrée dans le train, la jeune mariée trouve un endroit libre ou elle décide de s'installer puis se place sur un siège à côté de la fenêtre. Pourquoi fallait-il que l'entreprise de son père décide de faire faillite ? Pourquoi fallait-il que cet homme soit là au mauvais moment ? Pourquoi fallait-il que sa mère l'oblige à rester avec ce riche hypocrite toute sa vie ? Elle ne cherchait pas à avoir plein d'argent mais à tout simplement être heureuse, et elle savait d'avance que son bonheur ne sera pas présent avec cette nouvelle vie. Aida poussa un long soupir avant de s'accouder contre le rebord de la vitre et examina les trentaines de personnes présentes dans la gare à attendre leur train. Tous ces citoyens de couleurs différentes, d'habits différents, de destinations différentes, heureux, tristes, en colère, parlant français, anglais, allemand, arabe, chinois, japonais.... Tous ces voyageurs avaient un seul point en commun : celui de prendre le train.

 

Des bruits se firent entendre et des mains se levèrent à l'unisson comme pour dire un dernier au revoir à leur famille. Céleste, quand à elle, était déjà partie ne pouvant supporter une seconde de plus le regard de sa fille l'implorant de venir la chercher. Les yeux rougis à force de pleurer, elle était partie après le premier pas qu'avait fait Aida dans le train. Un triste moment pour la génitrice qui savait que ce jour accompagné de sa fille serait le dernier.

 

Perdue dans ses pensées, la jeune mariée observe le paysage qui défile devant elle à une vitesse fulgurante, « c'est la fin », pense-t-elle. Plus aucune once d'espoir ne parcourait son regard devenu livide, elle n'avait jamais rêvé cette vie, elle voulait seulement être heureuse, est-ce que c'est si dur pour un être humain ?

 

Du bruit parvint à ses oreilles la sortant de ses pensées, un homme, d'à peu près son âge, s'était installé à ses côtés, elle n'avait jamais pris le train, elle n'avait jamais été aussi proche de quelqu'un mis à part ses parents, trop de choses changeaient en si peu de temps...

 

« Je peux ? »

 

L'homme désigna un journal dépassant légèrement de sa valise, qu'elle même n'avais pas vu. Sa mère lui met souvent ce genre de lecture, elle pense que la future mariée doit se renseigner sur les catastrophes du pays, ce qu'il s'y passe, mais pour elle, c'est juste une façon pour le gouvernement de nous montrer « que le monde va mal » donc elle ne les lis jamais.

 

« oui »

 

Il tira sur le bout du journal, le déplia et commença à lire la première page avant de rire lentement à la vue du gros titre : « un riche n'aimant que lui-même décide de se marier », puis, dans un excès de colère, il déchira le document avant de mettre les morceaux dans sa poche comme si de rien n'était.

 

« Dites-moi, vous y croyez-vous ? A cette histoire d'homme hypocrite ? Le pensez-vous comme ça ? »

 

A l'entente de ces quelques mots prononcés, Aida ouvrit grand les yeux totalement étonnée de voir que l'homme qui se tenait à côté d'elle n'était nul autre que son futur mari qui lui paraissait tellement différent de ce qu'elle en avait entendu parler.

 

« Tu dois sûrement te demander pourquoi je suis dans ce train et non occupé à signer des contrats ? Crois-moi si tu le souhaite mais je ne suis pas l'homme que tout le monde décrit, de fausses rumeurs circulent sur moi, de mes concurrents, des jaloux de ma richesse. En vérité, moi non plus je ne suis pas pour le mariage, c'est mon père qui m'y a obligé, et je t'avoue qu'il fait peur quand il n'a pas ce qu'il veut. Je ne tiens pas à t'emprisonner avec moi mais j'ai un marché. Nous vivons ensemble devant mon père mais en dehors de ça, nous sommes libres tous les deux, je te logerais, nourrirais et enverrais de l'argent à tes parents comme ce qui était prévu au départ. Qu'est-ce que tu en dit ? »

 

Un léger sourire s'afficha sur le visage resplendissant d'Aida puis elle acquiesça soulagée de retrouver sa liberté.

 

Église, 11 heures 35, deux ans plus tard, un sourire sur les deux mariés se dessine, contrairement à ce qu'elle aurait pensé auparavant, l'homme se tenant en face d'elle était beaucoup plus qu'une simple personnalité riche, mais bel et bien, et au plus grand étonnement de tout le monde, un gentleman, une personne attentionnée et qui lui convenait totalement. Les rumeurs ne sont pas toujours vraies, il vaut mieux les vérifier de soi-même avant d'en juger.